L'an qui s'enfuit attache aux givres éclatants
Un manteau d'or pâli sur les flancs de Latone,
Et la chanson du vent se lève, monotone,
Autour des chênes noirs, squelettes grelottants.
La tristesse du jour aux horizons flottants
Monte avec des langueurs dont mon rêve s'étonne ;
Car c'est sous les grands bois dépouillés par l'automne,
Que je sens mon amour fait d'immortels printemps.
Car des roses sans fin fleurissent sur ta bouche
Et si de leur jardin que tu gardes, farouche,
Exilé, je ne puis que voir les seuils vermeils,
J'en respire, du moins, l'odeur chère et tenace ;
Et, sur mon front qu'en vain l'ombre du jour menace,
Tes yeux ont allumé d'ineffables soleils !