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1871

VI

Armand SILVESTRE

Toi qui foules encor l'argile qui me pèse, Que ne suis-je moi-même à l'argile rendu, Mort glacé sous tes pas et sous l'herbe étendu, Sein brûlé que le froid de son linceul apaise !

Que ne suis-je mêlé dans la cendre qui baise Le pli traînant du voile à ton flanc suspendu, Dans le monde vivant qui t'entoure perdu, Et de mes vains débris t'étreignant à mon aise !

Je deviendrais un peu de tout ce qui te sent, De tout ce qui te voit, de tout ce qui te touche ; Fleur, je me sécherais aux chaleurs de ton sang, Ou fruit, je me fondrais aux saveurs de ta bouche ;

— Je serais une proie à tout ce que tu veux Et je boirais dans l'air l'odeur de tes cheveux.

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