Que ne suis-je le rêve où ton âme me fuit,
Quand l'haleine de fleur dont ta bouche est baisée
Se berce au rhythme lent de ta gorge apaisée,
Dans la tranquillité profonde de la nuit !
Que ne suis-je le rêve où ma douleur te suit
D'un souffle haletant et d'une aile brisée,
Sans entrevoir jamais, comme une aube embrasée,
L'invisible soleil qui sous ton front reluit !
— L'amour qui te fait vivre est celui qui me tue ;
Car ta sérénité cruelle de statue
N'est qu'un leurre où sans fin s'épuise mon souci.
De ton sommeil menteur étreignant le mystère,
Près de ton cœur j'y sens vivre un hôte adultère
Et voudrais être mort pour l'apparaître aussi.