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1870

Théorie funèbre

Armand SILVESTRE

J'ai pensé quelquefois que tous les trépassés Dont la tombe est déserte et sous l'oubli se creuse, Venaient pleurer en moi d'être ainsi délaissés : Tant mon cœur s'emplissait d'une détresse affreuse !

Tant le souci me prend de vos maux insensés, O spectres descendus dans l'ombre aventureuse, Quand la procession de mes bonheurs passés Serpente sur mon front, dolente et ténébreuse !

Esprits sans corps, parfums sans fleurs, souffles errants, Voix sans lèvres, aux mots subtils et pénétrants, O souvenirs ! Un chœur fraternel vous convie : Car un peuple de morts habite mon cerveau,

Et je ne puis chasser du profond de ma vie Une mélancolie immense du tombeau !

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