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1872

Prologue

Armand SILVESTRE

Je ne respire plus, dans l'air tiède d'été, Les parfums de ton corps et de ta chevelure ; Mais comme un feu secret, au fond d'une brûlure, Le désir de ta bouche à ma bouche est resté.

Tu demeures le Rêve, ayant été la Vie ; Mon front encor vaincu cherche ton pied vainqueur : Car tu fis de mon être, en déchirant mon cœur, Deux parts dont l'une est morte et l'autre inassouvie.

Que fait, à qui connut tes charmes sans pareils, L'inutile beauté des songes et des choses ? — Sur tes lèvres en fleur j'ai bu l'oubli des roses Et dans tes yeux profonds le mépris des soleils !

Donc, n'espérant plus rien des cieux ni de la terre, Ni des dieux, ni de toi, ni même de l'oubli, Je ne sens vivre en moi, mort mal enseveli, Qu'un souvenir pensif, profond et solitaire.

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