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1870

Pèlerins

Armand SILVESTRE

Les pèlerins d'amour, sublimes voyageurs, Seuls affrontent pieds nus nos sentiers de misère ; Les yeux souvent au ciel, égrenant un rosaire De chansons et de pleurs.

Ils s'arrêtent au bord des sources altérées, Pour baiser, sous les fleurs, des pas mystérieux ; Ils portent à leur cou des reliques sacrées Qu'ils cachent à nos yeux.

Au revers d'un fossé de leur route infinie, Ils s'endorment un soir, comme l'oiseau s'endort. Nul ne connaît leurs noms, car leur muet génie Est frère de la Mort !

Parfois, sur le chemin que leur marche ensanglante, Le sombre chœur des gueux et des déshérités, Comme un troupeau de bœufs que le fouet tourmente, Pousse sa grande voix dans les immensités.

Et la nuit seule entend leur clameur insensée Qui roule, sous l'azur, le bruit sourd de ses flots. La majesté des deux n'en est pas offensée ; Le vide boit leurs cris et le vent leurs sanglots !

Mieux vaut au pèlerin que trahit son courage, Fuir les sentiers perdus qu'a brûlés le soleil, Et, muet, s'endormir sous le cruel ombrage Où la jalouse Mort vient punir le sommeil.

Moi, je marche toujours, sans plainte et sans colère : Il n'est de pauvreté qu'au cœur sans souvenir. Je porte dans mon âme un trésor de misère, Et mes jours sont, remplis d'aimer et de souffrir !

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