Arlequin, l'amant ténébreux,
A jeté sa batte aux orties
Et prend des mines repenties ;
Sur la guitare au ventre creux
Sa main s'agite et le bois pleure :
« Colombine, apparais, c'est l'heure !
« Mon museau noir te fait-il peur ?
« Les lys ne fleurissent qu'à l'ombre :
« Mon œil clair luit sous mon front sombre.
« Pierrot était blanc mais trompeur,
« Un sorbet qui fond dans un verre,—
« Mignonne, si tu m'es sévère,
« Loin des bosquets et loin des fleurs,
« Des sauts et des soufflets épiques,
« J'irai mourir sous les tropiques ! »
Colombine, les yeux en pleurs
Mais le sourire sur les joues :
« Méchant, quel vilain air tu joues !
« Tu veux donc que je pleure aussi ? »
Et lui, la voyant douce ainsi,
A sa chanson soudain fait trêve.
Pensif, il la contemple et rêve !