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1870

Orphée

Armand SILVESTRE

C'est ta mort que j'envie, ô doux fils de Linus, Quand les vierges de Thrace aux crinières d'archange, Sous leurs pieds bondissants, — comme aux fêtes du Gange Vendange épouvantable, écrasaient tes flancs nus ;

Lorsque, foulant ton cœur, leurs beaux pieds éperdus Buvaient sur ta poitrine une rosée étrange, Et qu'aux chansons du cuivre, — effroyable vendange,— Ta noble chair volait sous les thyrses ardus.

Le regret te vint-il des chastes promenades Où ta lyre éveillait l'écho silencieux ? A quoi bon de tes chants heurter des cieux maussades ? Mieux vaut jeter son âme aux désirs furieux,

Tendre sa gorge nue aux ongles des Ménades, Et faire de son corps la pâture des Dieux !

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Orphée · Armand SILVESTRE · Poetry Cove