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1882

NOËL D'AMOUR

Armand SILVESTRE

NOËL ! — En voyant, dans ses langes L'enfant radieux que tu fus, On m'a raconté que les anges Ont cru voir renaître Jésus.

De l'azur déchirant les toiles, Ils volèrent du fond des cieux, A leur front portant des étoiles, Des fleurs dans leurs bras gracieux.

Devant ton seuil fermant leur aile Ils chantèrent si doucement Qu'on eût dit une tourterelle Qui soupire après son amant.

Et, le long de ta porte close, Ils laissèrent, en s'en allant, Le cœur entrouvert d'une rose, L'urne penchante d'un lys blanc.

On les porta près de ta couche Sans savoir qui te les offrit ; La rose resta sur ta bouche El sur ton sein le lys fleurit.

Leurs âmes, des cieux exilées, Demeurèrent dans l'air charmé Et, de leurs haleines mêlées, Se fît ton souffle parfumé.

Ensuite vinrent les Rois Mages Par le vol des anges trompés, Pour t'offrir aussi leurs hommages Dans des coffrets enveloppés.

Barbus comme des patriarches Et mis comme des nécromans, Ils déposèrent sur les marches Des perles et des diamants.

A ton berceau des mains portèrent Pour toi ces bijoux précieux ; Les perles à tes dents restèrent Et les diamants dans tes yeux.

Moi, je ne suis que l'humble pâtre Après les Anges et les Rois Qui vient s'agenouiller à l'âtre. Une fleur morte entre les doigts !

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