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1870

Mémento

Armand SILVESTRE

Souvent, à la clarté qui tremble Sur l'âtre en feu je les revois, Les amoureuses d'autrefois ! — Je les revois toutes ensemble.

Elles gravissent lentement Le coteau fleuri de mon rêve, Dans mon cœur réveillant sans trêve Le remords du dernier serment.

Comme les flots d'une onde morte, Passe leur chœur silencieux ; Leur mystique regard m'apporte Le pardon des derniers adieux !

Ces doux spectres au front de femme, Ces chers hôtes de mon foyer, Ces débris aimés de mon âme Me rendent à moi tout entier.

Alors, enivrante et profonde, M'envahit la tentation De suivre, par delà le monde, Cette blanche procession,

Aux doux pays où l'ont suivie Ceux qui ne se consolent pas ; Où s'accroît la future vie De tout ce qu'on perd ici-bas !

Où lentement se recompose, Et, souvenir à souvenir, Notre être que doit rajeunir L'éternelle métamorphose.

Car les gazons où j'ai pleuré Me doivent compte d'une larme. — Car un fol espoir, comme une arme, Au fond de mon cœur est entré !

Car vous fuyez avant l'aurore, O vous qu'en pleurant je revois, Et je veux vous aimer encore, Mes amoureuses d'autrefois !

Alors, à la clarté qui tremble Sur le chemin des trépassés, Quand nous recompterons ensemble Le trésor des bonheurs passés…

Souvenez-vous, ô bien-aimées, De ces jours, de tous les meilleurs, Et de tant d'heures consumées En tant de baisers et de pleurs !

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