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1870

Les Parfums

Armand SILVESTRE

Pareille au fin réseau que sur sa gorge nue Psyché serrait, pleurant ses premières pudeurs, Une invisible mer balance sous la nue Le flux et le reflux des terrestres odeurs.

Comme un sein virginal que traverse une haleine De parfums infinis, tièdes et pénétrants, Un souffle intérieur a visité la plaine Et soulève du sol un chœur d'esprits errants.

Tout respire : les bois sentent courir une âme A leur cime légère et pleine de frissons, Et, comme la chaleur d'une lointaine flamme, Les voluptés du soir montent des horizons.

Les charnelles senteurs des verdures marines Suivent, le long des flots, le spectre de Vénus, Et des grands bœufs couchés les bruyantes narines Aspirent, dans l'air chaud, des bonheurs inconnus.

Tout s'enivre de boire à la source cachée Où, comme un holocauste éternel et fumant, La Vie exhale une âme à la Mort arrachée, Une âme qui dormait sous l'herbe, obstinément ;

L'âme des morts sacrés dont la dernière haleine Vient errer, chaque nuit, sur les lis odorants, Le souffle intérieur qui roule sur la plaine Des parfums infinis, tièdes et pénétrants.

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