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1870

Les Nuages

Armand SILVESTRE

Du front des sources qui, sans trêve, Se lamentent sous les gazons, Vers le ciel bleu des horizons Ils sont remontés, comme un rêve :

Fils des terrestres éléments, Nés des pleurs éternels de l'onde, Plus haut que ses gémissements Ils ont fui par delà le monde !

Et, sous leurs ailes obscurci, L'azur attristé les emporte, Les Nuages, blanche cohorte… — Les Morts légers passent ainsi.—

S'il est vrai que les morts vont vite, D'où viennent-ils, où s'en vont-ils, Ces souffles errants et subtils Qu'une âme vagabonde habite ?

Oh ! si vous vivez sans remords, Votre douleur fut éphémère, Vous qui laissez errer vos morts Ainsi que des enfants sans mère !

— Les miens ! — j'ai su les retenir Dans mon cœur, jalouse demeure Où chaque matin je les pleure Pour les empêcher de partir.

Pour les empêcher de partir Je leur parle avec vigilance, Je les écoute, — et leur silence Ne lasse pas mon souvenir !

Car l'oubli seul donne des ailes Aux morts que nous avons pleurés, Et, si vous êtes immortelles, Âmes, mes sœurs, vous m'attendrez !

La même fange nous rassemble ; Le même azur, Dieu nous le doit ! — Quand le nid devient trop étroit, Tous les oiseaux partent ensemble.

Aux oiseaux vagabonds pareils, Les nuages, blanche cohorte, Plus haut que l'azur qui les porte, Montent-ils vers d'autres soleils ?

Par delà les sphères mortelles, Rencontrent-ils des cieux plus beaux ? — Où vont ces Icares nouveaux Fondre la neige de leurs ailes ?

Tristes de l'éternel souci Que font les choses inconnues, Nous poursuivons le vol des nues… Les Morts légers passent ainsi !

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