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1876

Le Vœu

Armand SILVESTRE

Assis au revers d'un chemin, L'ombre en noyait les avenues — Tout seuls et la main dans la main Je baisais ses épaules nues.

Blanche, la lune se levait ; — L'ombre en redoublait son mystère — Au moindre souffle tout avait Des frissons d'amour sur la terre.

Et je respirais ses cheveux ; — L'ombre en buvait l'odeur suave — Et lui disais : « Ce que tu veux, Je le ferai, moi, ton esclave.

« Te faut-il la fleur du rocher ? — L'ombre emplissait le précipice — Je mourrai pour te la chercher, Mais dicte-moi le sacrifice.

« Veux-tu tout le sang de mon cœur ? — L'ombre en pressait le flot rapide — Si l'amour ne m'a fait vainqueur, Du moins il me fait intrépide.

« Parle et vers moi tourne tes yeux ! — L'ombre y palpitait comme un voile — Mais elle, regardant les cieux, Me dit : « Je voudrais cette étoile,

La plus lointaine du ciel clair. » — L'ombre, en vain semblait les confondre — Son doigt restait fixe dans l'air ; Je le suivais sans lui répondre.

Alors, de sa plus tendre voix : — L'ombre en alanguissait le charme — « Ami, l'étoile que tu vois Là-haut, c'est ma première larme.

Toute femme, avec ce trésor, Laisse choir la fleur de son âme. Sa pureté luit dans cet or. Son cœur brûle dans cette flamme ! »

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