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1870

La Neige

Armand SILVESTRE

On dirait que la Terre a bu le sang des lis Et d'un deuil éclatant voile cette hécatombe, Car déjà la blancheur des marbres clôt la tombe Où dorment pour longtemps ces doux ensevelis.

Je t'adore, ô pâleur des vierges trépassées Dans l'éblouissement des rêves amoureux, Emportant dans l'azur les essors douloureux De leur âme pareille aux colombes blessées !

Quel vent a flagellé l'aile que tu parais, Doux et flottant duvet tombé du vol des anges, Et secoué dans l'air tes floraisons étranges Qui font comme un printemps à l'hibernal cyprès !

Les cygnes se sont-ils heurtés contre la nue, Cherchant aux cieux l'azur de leurs grands lacs fermés ? — Ou Psyché, renouant ses voiles parfumés, De ses jeunes candeurs s'est-elle souvenue ?

On dirait que la Terre a pitié de nos morts, Et, Vierge devenue au toucher de la neige, Suspend des floraisons le travail sacrilège Dans ses flancs qu'au repos invite le remords.

O Neige ! tu m'étreins le front sous le mystère De ta froide splendeur et, comme épouvanté, Je pense que, des cieux déchus de leur clarté, Le lait d'une déesse a coulé sur la terre.

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