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1876

La Danse

Armand SILVESTRE

Triste de quelque amour perdu, Rêvant aux délices passées, J'étais sur la terre étendu Parmi les bruyères froissées.

L'ombre, en vibrant, montait dans l'air, Des arbres profonds vers la nue, Et la lune, au bord du ciel clair, Découvrait son épaule nue.

Comme s'accroissait mon émoi De l'émoi fraternel des choses, Un rossignol, tout près de moi, Chante dans un buisson de roses,

Et, comme en un divin réseau, L'âme prise par la cadence, Je vis, aux chansons de l'oiseau, Les étoiles entrer en danse.

Leur pas grave semblait celui D'un chœur antique qui s'éveille ; Ainsi la trace en avait lui Et la grâce en était pareille.

Mais, précipitant ses sanglots, L'oiseau déliait sa voix sûre Et je vis, de mes yeux mi-clos, La danse presser sa mesure.

Ce fut, à chaque mouvement, Un scintillement d'étincelles ; On eût dit que le firmament Se brisait en mille parcelles…

Je m'éveillai ; les cieux railleurs Immobiles tendaient leurs voiles… Mon amour ! à travers mes pleurs J'avais vu danser les étoiles.

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