Souvent, — et j'en frémis, — quand sur ta lèvre infâme
J'ai bu, dans un sanglot, d'amères voluptés,
Alors qu'une détresse immense prend mon âme,
O toi pour qui je meurs, tu dors à mes côtés !
L'ombre épaisse envahit tes sereines beautés
Et jusque sous tes cils éteint tes yeux de flamme ;
Ton souffle égal et lent fait comme un bruit de rame :
— C'est ton rêve qui fuit vers des bords enchantés.
Repose sans remords, ô cruelle maîtresse !
Ignore dans mes bras les pleurs de ma caresse,
Car tu n'es pas ma sœur, cœur à peine vivant !
Mais quand la nuit a clos tes paupières meurtries,
Quelle pitié des cieux pour les choses flétries
Te rend, sous mes baisers, le sommeil d'un enfant ?