Tel mon cœur, astre obscur que la chaleur déserte,
Sentait, sous ses pieds nus, rayonner la fierté,
Et d'un sang rajeuni la vermeille clarté,
Sous ses ongles, monter à ma poitrine ouverte.
— Tel mon cœur, astre obscur que la chaleur déserte
O torture divine, ô poids doux et sacré
De son corps virginal en qui la mort nous tente !
Le rythme de mon souffle, à son pas mesuré,
S'éteignait au toucher de sa robe flottante.
— O torture divine, ô poids doux et sacré !
Mais depuis combien d'ans est-elle donc passée ?
Rien ne marque les temps le long de mon chemin :
C'est pour l'éternité que mon âme est blessée,
Et tous les jours sont hier pour un tel lendemain !
— Mais depuis combien d'ans est-elle donc passée ?
Je suis épouvanté de me sentir vivant !
Ma douleur a compté tant de siècles dans l'ombre
Et tant de vains espoirs dans la plainte du vent !
Éternel est l'adieu qui fait ma route sombre.
— Je suis épouvanté de me sentir vivant !