J'adore la Beauté pour ce qu'elle me tue,
Terrassé que je suis sous son charme mortel,
Pygmalion qui meurt au pied de sa statue,
Prêtre dont le sang coule aux marches de l'autel !
Ni le Rêve cruel d'où jaillit Galathée,
Ni le Dieu des martyrs n'eurent un pouvoir tel
Que celui dont languit mon âme épouvantée.
J'aime et je hais le joug qui déchire mon front,
La flèche douloureuse en mon flanc arrêtée,
La souffrance où mes jours lassés s'épuiseront,
Comme un lac se tarit sous le soleil farouche ;
J'aime jusqu'aux mépris dont je subis l'affront
Et qui me sont orgueil, me venant de ta bouche !
De Toi tout m'est sacré : car la fleur des antans,
Que ton pied la meurtrisse où que ta main la touche,
Penche sur mon cœur mort ses rameaux éclatants !
Par toi s'est consumé le meilleur de ma vie,
L'ardeur de mes étés, l'espoir de mes printemps
Je ne regrette pas la jeunesse ravie
Par l'inutile amour qui m'attache à tes pas.
Ce destin me suffit de l'avoir bien servie.
A l'ange qui demeure aux portes du trépas
Je dirai : que veux-tu ? Mon âme est envolée !
Pour de meilleurs destins ne la rappelle pas !
Vers celle que j'aimais elle s'en est allée,
Brûlant comme un encens, éprise de souffrir
Errante sous le ciel comme une inconsolée !
J'adore ta Beauté pour en vouloir mourir !