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1870

I

Armand SILVESTRE

Le soleil, déchiré par les rocs ténébreux, Tombe, comme César, dans sa robe sanglante, Avant de nous quitter, l'heure se fait plus lente, Et de confuses voix murmurent des adieux

C'est le soir ! — L'horizon se remplit de lumière, Et la pourpre s'allume aux rives de l'azur ; Et le flot attiédi, plus profond et plus pur, Enivre de chansons la rive hospitalière.

Derrière les brouillards où Phébé va s'asseoir, La dernière colline a caché ses épaules ; L'onde baise tout bas les longs cheveux des saules : Vesper luit, comme un pleur, dans l'œil profond du soir.

On entend murmurer, sous les lentes morsures Des lierres vagabonds, les chênes orgueilleux, Et les soupirs lointains qu'élèvent vers les cieux Les pins ensanglantés d'odorantes blessures.

C'est l'heure où tout cœur fier fuit dans la liberté, En sentant se rouvrir la blessure fermée, Tandis qu'au sein des fleurs la nature pâmée Boit la fraîcheur de l'ombre et l'immortalité !

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