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1882

I

Armand SILVESTRE

J'ADORE ta Beauté, pour ce qu'elle est pareille A mon Rêve immortel et me parle des cieux, Comme un hymne lointain qui chante à mon oreille. Elle évoque les jours longs et délicieux

Que j'ai vécus, sans doute, en attendant la vie, Dans quelque monde obscur où mon cœur soucieux Cherche éternellement l'illusion ravie. C'est ce lent souvenir par toi ressuscité

Qui t'a soumis mon âme à jamais asservie J'ai, sur des fronts divins, déjà vu la fierté Qui fait, devant ton front, s'humilier mon être Et tout mon sang bondir vers mon cœur arrêté.

La grâce de ton pas m'a fait te reconnaître. Des coupes autrefois m'ont versé le poison Dont ton regard cruel m'enivre et me pénètre. Des coupes dont l'or clair, pareil à l'horizon,

S'empourprait, jusqu'au bord, du sang vermeil des nues Et dont la vapeur chaude emportait la raison ; Des coupes qu'à ma main tendaient des vierges nues Dont les cheveux flottants jetaient dans l'air du soir

Des odeurs qui des tiens vers moi sont revenues, Comme un souffle qui meurt aux trous d'un encensoir. — Sous des arbres plus hauts que les pins et les chênes, Tes immortelles sœurs jadis allaient s'asseoir,

Et ce sont leurs doigts blancs qui m'ont forgé mes chaînes, Pour le monde vieilli que devait rajeunir L'épanouissement de tes grâces prochaines. J'adore ta Beauté pour ce grand souvenir.

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