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1893

VIOLE

Albert SAMAIN

Mon cœur, tremblant des lendemains, Est comme un oiseau dans tes mains Qui s'effarouche et qui frissonne. Il est si timide qu'il faut

Ne lui parler que pas trop haut Pour que sans crainte il s'abandonne. Un mot suffit à le navrer, Un regard en lui fait vibrer

Une inexprimable amertume. Et ton haleine seulement, Quand tu lui parles doucement, Le fait trembler comme une plume.

Il t'environne ; il est partout. Il voltige autour de ton cou, Il palpite autour de ta robe, Mais si furtif, si passager,

Et si subtil et si léger, Qu'à toute atteinte il se dérobe. Et quand tu le ferais souffrir Jusqu'à saigner, jusqu'à mourir.

Tu pourrais en garder le doute. Et de sa peine ne savoir Qu'une larme tombée un soir Sur ton gant taché d'une goutte.

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