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1893

VEILLÉE

Albert SAMAIN

Penser. Seul dans la nuit sibylline frémir !… Être pareil au feu, pur, subtil et vivace ; Et, respirant l'Idée errante, dans l'espace, Sentir, ainsi qu'un dieu, son front mortel grandir.

Ordonner à son sang héroïque d'agir ; Quitter ses vanités pauvres, clinquant et crasse, Et revêtant l'orgueil, claire et bonne cuirasse, D'un élan ivre au seuil de l'infini surgir !

Sentir passer en soi, comme une onde ruisselle, Le flot mélodieux de l'âme universelle, Entendre dans son cœur le ciel même qui bat ; Et comme un Salomon, lourd de magnificences,

Voir dans un faste d'or, de pierres et d'essences. Venir à soi son œuvre en reine de Saba.

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