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1893

[no title]

Albert SAMAIN

Le Bouc noir passe au fond des ténèbres malsaines. C'est un soir rouge et nu ! Tes dernières pudeurs Râlent dans une mare énervante d'odeurs ; Et minuit sonne au cœur des sorcières obscènes.

Le simoun du désir a balayé la plaine !… Plongée en tes cheveux pleins d'une acre vapeur. Ma chair couve ta chair, et rumine en torpeur L'amour qui doit demain engendrer de la haine.

Face à face nos sens, encore inapaisés, Se dévorent avec des yeux stigmatisés ; Et nos cœurs desséchés sont pareils à des pierres. La bête Ardente a fait litière de nos corps ;

Et, comme il est prescrit quand on veille des morts, Nos âmes à genoux — là-haut — sont en prières.

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