Skip to content
1893

MUSIQUE CONFIDENTIELLE

Albert SAMAIN

Au cartel d'or, Qui s'endort, La lyre du pendule à peine se balance. Sans avirons.

Nous errons, Au vague, sur le lac enchanté du Silence. L'accord dernier Du clavier

Au long des fils vibrants se prolonge et se pâme. Et d'un remous Lent et doux En ondes de langueur s'élargit dans notre âme.

Sur les tapis Assoupis Une rose blessée et penchante agonise ; Et le désir

De mourir Comme une extase en nous monte et se divinise. D'ombre noyé. Déployé,

Comme un dais triomphal, pour des pompes célèbres Le lit massif, Dieu pensif. Médite obscurément nos baisers des ténèbres.

L'air amolli S'est empli De ton parfum subtil, obsesseur et complexe. Philtre ambigu.

Suraigu, Fleur tiède épanouie au soleil de ton sexe. Tes yeux mourants. Transparents,

M'ouvrent les profondeurs des verts mélancoliques, Et les charbons Moribonds Font trembler tout au fond des flammes symboliques.

Je t'aime ainsi Sans souci De l'heure disparue, et du mal et des peines ; Que par nos doigts

Plus étroits Notre amour se pénètre au plus fin de nos veines. Restons perdus, Suspendus

Au-dessus de la terre ironique et brutale, Sans rien savoir, Sans rien voir, Révélés à la Vie Unique et Musicale…

Ne parle pas. Ou si bas Que ce soit un secret vaporeux qu'on devine, Et qui se meurt

Dans le cœur Comme une haleine d'ange en un duvet d'hermine.

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.
MUSIQUE CONFIDENTIELLE · Albert SAMAIN · Poetry Cove