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1893

LES COLOMBES

Albert SAMAIN

Partout la mer unique étreint l'horizon nu. L'horizon désastreux où la vieille arche flotte ; Au pied du mât penchant l'Espérance grelotte. Croisant ses bras transis sur son cœur ingénu.

Depuis mille et mille ans pareils, le soir venu, L'Âme assise à la barre, immobile pilote. Regarde éperdument dans l'ombre qui sanglote Ses colombes s'enfuir vers le port inconnu.

Elles s'en vont là-bas, éparpillant leurs plumes A travers le vent fou qui les cingle d'écumes, Ivres du vol sublime enfermé dans leurs flancs ; Et, chaque lendemain, au jour blême et cynique,

L'arche voit surnager leurs doux cadavres blancs. Les deux ailes en croix sur la mer ironique.

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