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1898

LA MAISON DU MATIN

Albert SAMAIN

La maison du matin rit au bord de la mer, La maison blanche, au toit de tuiles rose clair. Derrière un pâle écran de frêle mousseline, Le soleil luit, voilé comme une perle fine ;

Et du haut des rochers redoutés du marin, Tout l’espace frissonne au vent frais du matin. Lyda, debout au seuil que la vigne décore, Un enfant sur les bras, sourit, grave, à l’aurore,

Et laisse, regardant au large, le vent fou Dénouer ses cheveux mal fixés sur son cou. Par l’escalier du ciel l’enfantine journée Descend, légère et blanche, et de fleurs couronnée,

Et, pour mieux l’accueillir, la mer au sein changeant Scintille à l’horizon, toute blanche d’argent. Mais déjà les enfants s’échappent ; vers la plage Ils courent, mi-vêtus, chercher le coquillage.

En vain Lyda les gronde : enivrés du ciel clair Leur rire de cristal s’éparpille dans l’air. La maison du matin rit au bord de la mer.

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