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1893

III

Albert SAMAIN

J'ai rêvé d'un jardin primitif, où des Âmes Cueillaient le trèfle d'or en robes de candeur ; Où des souffles d'azur, veloutés de tiédeur, Berçaient des fleurs d'argent,sveltes comme des femmes.

A l'ombre, au bord des eaux, sous des arbres légers. Les mystiques Amants rêvaient leur solitude ; Et tout était extase, et joie, et plénitude, Et las agneaux de Dieu paissaient dans les vergers.

L'Amour sanctifié, sans hâtes et sans fièvres, Buvait à l'urne exquise et profonde des lèvres, O songe d'un désir parfumé par le ciel ! Et j'étais lu, debout parmi les marjolaines,

Virginal, et l'archet des blanches cantilènes A mes doigts effilés d'ange immatériel.

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