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1893

CHANSON D'ÉTÉ

Albert SAMAIN

Le soleil brûlant Les fleurs qu'en allant Tu cueilles, Viens fuir son ardeur

Sous la profondeur Des feuilles. Cherchons les sentiers A demi frayés

Où flotte, Comme dans la mer, Un demi— jour vert De grotte.

Des halliers touffus Un soupir confus S'élève Si doux qu'on dirait

Que c'est la forêt Qui rêve… Chante doucement ; Dans mon cœur d'amant

J'adore Entendre ta voix Au calme du bois Sonore.

L'oiseau, d'un élan, Courbe, en s'envolant, La branche ; Sous l'ombrage obscur

La source au flot pur S'épanche. Viens t'asseoir au bord Où les boutons d'or

Foisonnent… Le vent sur les eaux Heurte les roseaux Qui sonnent.

Et demeure ainsi, Toute au doux souci De plaire, Une rose aux dents.

Et ton pied nu dans L'eau claire.

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CHANSON D'ÉTÉ · Albert SAMAIN · Poetry Cove