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1893

AUTOMNE

Albert SAMAIN

A pas lents, et suivis du chien de la maison, Nous refaisons la route à présent trop connue. Un pâle automne saigne au fond de l'avenue, Et des femmes en deuil passent à l'horizon.

Comme dans un préau d'hospice ou de prison, L'air est calme et d'une tristesse contenue ; Et chaque feuille d'or tombe, l'heure venue, Ainsi qu'un souvenir, lente, sur le gazon.

Le Silence entre nous marche… Cœurs de mensonges, Chacun, las du voyage, et mûr pour d'autres songes, Rêve égoïstement de retourner au port. Mais let bois ont, ce soir, tant de mélancolie

Que noire cœur s'émeut à son tour et s'oublie A parler du passé, sous le ciel qui s'endort, Doucement, à mi-voix, comme d'un enfant mort.

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