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1890

NE SOYONS PAS TROP DÉBONNAIRES

Camille SAINT-SAËNS

Ne soyons pas trop débonnaires ; Aimer quand même est lâcheté. Pour les méchants restons sévères, Gardons aux bons notre bonté.

Pardonnez ! dit-on. — C’est facile, Et doux même aux cœurs bien placés. L’âpre vengeance est inutile ; Le mépris venge bien assez.

Mais prodiguer à tous les traîtres Le trésor de son amitié ! Jeter son or par les fenêtres À des assassins sans pitié !

Devant eux ôter sa cuirasse ! Presser sur un sein désarmé Ceux dont on peut suivre la trace À tout le mal qu’ils ont semé !

Ce n’est pas seulement faiblesse, C’est une mauvaise action. De quoi paira-t-on la tendresse, La fidèle dévotion

De l’ami vrai, si l’hypocrite Dont le sourire est plein de fiel Comme celui qui la mérite Reçoit l’amitié, don du ciel !

Pour le Titan point de clémence ! Il est précipité des cieux. Le dragon périt sous la lance De l’Archange victorieux.

Ayons plus de miséricorde ; Mais pas d’attendrissement vain ! Aux méchants le sage n’accorde Qu’un entier et parfait dédain.

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