Skip to content
1890

LES HEURES

Camille SAINT-SAËNS

Toutes nous blessent, la dernière Nous tue, ayant enfin pitié Quand elle achève sans colère L’œuvre faite plus d’à moitié.

Les autres, même la plus douce, Hélas ! nous usent lentement, Et chacune d’elle nous pousse Vers le funèbre monument.

Funèbre ? non. Quelle caresse Vaut le sommeil sans lendemain ? Vienne l’heure, pâle maîtresse Qu’on espère jamais en vain !

Elle viendra, consolatrice, Tarir la source des remords : Nulle passion tentatrice Ne trouble le repos des morts.

Ces heures, pleines d’espérance, De terreur ou de volupté, Ne sont pourtant qu’une apparence, Un rêve sans réalité.

Le temps, l’espace : vain mirage, Mots creux auxquels rien ne répond ; Bruit de la vague sur la plage, Du caillou dans le puits profond !

Avec le mètre et l’heure, infime, L’homme prétend jauger les mers Dont l’infini creuse l’abîme, Qui pour flots ont des univers !

Sonnez, sonnez, Heures futiles, Mensonge par l’homme inventé ! Résonnez ! vos sons inutiles Se perdent dans l’éternité.

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.
LES HEURES · Camille SAINT-SAËNS · Poetry Cove