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1890

LA LIBELLULE

Camille SAINT-SAËNS

Près de l’étang, sur la prêle Vole, agaçant le désir, La Libellule au corps frêle Qu’on voudrait en vain saisir.

Est-ce une chimère, un rêve Que traverse un rayon d’or ? Tout à coup elle fait trêve À son lumineux essor.

Elle part, elle se pose, Apparaît dans un éclair Et fuit, dédaignant la rose Pour le lotus froid et clair.

À la fois puissante et libre, Sœur du vent, fille du ciel, Son aile frissonne et vibre Comme le luth d’Ariel.

Fugitive, transparente, Faite d’azur et de nuit, Elle semble une âme errante Sur l’eau qui dans l’ombre luit.

Radieuse elle se joue Sur les lotus entr’ouverts, Comme un baiser sur la joue De la Naïade aux yeux verts.

Que cherche-t-elle ? une proie. Sa devise est : cruauté. Le carnage met en joie Son implacable beauté.

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LA LIBELLULE · Camille SAINT-SAËNS · Poetry Cove