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1890

ADIEU

Camille SAINT-SAËNS

Je pars. Le vaisseau superbe Qui m’emportera demain Comme un sanglier dans l’herbe Dort, puissant, calme et hautain.

Trouverai-je la tempête ? Le cyclone, cet enfer ? Qu’importe ! c’est une fête De s’évader sur la mer.

Je vais dans une île verte Que couronnent les volcans ; Cette île n’est pas déserte : On y vit plus de cent ans.

Là sont des plantes énormes, Des feuillages d’ornement. Vous m’attendrez sous les ormes En disant : quel garnement !

Les succès et les déboires Des artistes du moment, Les batailles oratoires Des membres du Parlement,

L’Opéra, temple des gloires Et des ennuis mêmement, Je vous laisse ces histoires : Jouissez-en largement !

Moi, j’aurai pour nourriture De mon âme et de mon cœur Le calme de la Nature, L’oubli, père du bonheur !

Ce sont voluptés réelles ; Et je m’embarquerai sur Les triomphantes nacelles, Bercé par la mer d’azur

Où les poissons ont des ailes !

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