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1890

À M. HENRI SECOND

Camille SAINT-SAËNS

Si nous nions le jour pour la lueur fugace, C’est que depuis l’aurore on égare nos pas, Avec un soin jaloux nous dérobant la trace Du droit chemin, qu’hélas ! nous ne connaissons pas.

Le poison du mensonge a nourri notre race, Le venin dans la coupe abreuve nos repas : En nos veines il coule et du sang prend la place ; Le pain de vérité nous donne le trépas.

L’esprit faussé depuis la première jeunesse, Comment goûterions-nous les vrais biens ? notre cœur A senti du Serpent la trompeuse caresse ; Il prend pour l’Idéal une impossible ivresse,

Méprisant la Nature et le simple bonheur : Le Vrai voile sa face et le Faux est vainqueur.

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