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1890

À GRENADE

Camille SAINT-SAËNS

L’Alhambra, qu’ont bâti les enfants du prophète, Contre la vétusté vaillamment se défend. Il est toujours paré comme pour une fête ; On dirait qu’il espère : on dirait qu’il attend.

Qui sait — (toujours l’Islam agrandit son empire !) Si les fils de Mahom, enchantement des yeux, Quand le Christ ne sera plus là pour les maudire, N’y replanteront pas l’étendard des ayeux ?

Car le Christ dont la croix pâlit sur les murailles N’est plus l’inspirateur des conquérants jaloux ; Les peuples d’Occident se livrent des batailles, Mais ce n’est plus la Foi qui dirige leurs coups.

Ils ergotent sans fin sur des questions vaines ; Ils veulent agrandir la terre sous leurs pas ; Et, faisant bon marché des souffrances humaines, Devant les pleurs, le sang, ils ne désarment pas.

Ils ne veulent pas voir, aveugles et stupides, L’ange exterminateur qui vient pour les punir ! Le néant est au bout des luttes fratricides : Ils disparaîtront tous, s’ils ne savent s’unir ;

Et quand, repus de gloire et soûlés de carnages, Ils seront endormis dans l’éternel sommeil, De l’Orient divin, d’où sont venus les Mages, De l’Orient vainqueur renaîtra le Soleil !

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