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1893

XVI

Edmond ROSTAND

Derniers petits chants et derniers ébats Des oiseaux, le soir, dans les arbres bas. On entend encor fuser quelques trilles. La couleur du ciel commence à muer.

Des coups d'ailes font encor remuer La vigne des murs, le lierre des grilles. Derniers petits chants et derniers ébats Des oiseaux, le soir, dans les arbres bas.

Les échanges vifs que faisaient les branches D'oiselets lancés comme des volants Deviennent plus mous, deviennent plus lents. La lune, au ciel clair, met ses cornes blanches.

Derniers petits chants et derniers ébats Des oiseaux, le soir, dans les arbres bas. Le doux crépuscule a jeté sa cendre ; Les lointains sont bleus et vont se noyant ;

Et la feuille d'or, tout en tournoyant, Du grand peuplier se met à descendre. Derniers petits chants et derniers ébats Des oiseaux, le soir, dans les arbres bas.

Une cloche tinte, une chèvre bêle. Une fille passe, et chante, et suit l'eau. Le chant que l'on chante à cette heure est beau ; La fille qui passe à cette heure est belle.

Derniers petits chants et derniers ébats Des oiseaux, le soir, dans les arbres bas. Les pas des marcheurs attardés se pressent. Un rameau, quitté par son chanteur fol,

Est encor tremblant de l'élan du vol. Où vont ces oiseaux qui tous disparaissent ? Derniers petits chants et derniers ébats Des oiseaux, le soir, dans les arbres bas.

La clarté s'esquive, et déjà l'on doute Si l'objet qu'on voit est loin ou tout près. S'en revenant seul, lentement, des prés, Un poney velu traverse la route.

Derniers petits chants et derniers ébats Des oiseaux, le soir, clans les arbres bas. Un alignement de petites meules Donne aux champs l'aspect de camps endormis.

L'heure est aux amants, et non aux amis. Les cœurs vont par deux, les âmes vont seules. Derniers petits chants et derniers ébats Des oiseaux, le soir, dans les arbres bas.

La vie est soudain comme une inconnue Qui fixe sur vous de trop larges yeux. Il semble que tout soit insidieux. On s'entend parler d'une voix émue.

Derniers petits chants et derniers ébats Des oiseaux, le soir, dans les arbres bas. On s'entend parler d'une voix de songe Dont on ignorait la sonorité.

C'est l'heure charmante où la vérité A tout à fait l'air d'être du mensonge. Derniers petits chants et derniers ébats Des oiseaux, le soir, dans les arbres bas.

Et si maintenant la rainette chante Aux bords ébréchés des petits bassins, C'est que, sur ton cœur ayant des desseins, Cette heure a besoin d'être trop touchante…

Derniers petits chants et derniers ébats Des oiseaux, le soir, dans les arbres bas.

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