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1893

XV

Edmond ROSTAND

Oh ! les yeux, les beaux yeux des femmes ! Que de choses nous y voyons ! C'est de la lumière des âmes Que nous croyons faits leurs rayons.

Nous croyons lire en leurs prunelles Des perversités, des candeurs ; Et nous mettons du rêve en elles, Nous fiant à leurs profondeurs ;

Mais le trouble des yeux, leur vague, Et leurs calmes de soirs d'été, Leurs bleus changeants comme la vague, Leur douce et vivante clarté,

La lumière exquise filtrée Entre les cils frangés, — tout ça N'est rien qu'un peu d'humeur vitrée Qu'un peu de soleil nuança.

Les yeux sont des petites flaques. Reflétant du ciel sans savoir ; Pas plus que s'ils étaient opaques Les pensers ne peuvent s'y voir ;

Et, tout simplement, quand se lève Leur regard profond et câlin, S'ils nous paraissent pleins de rêve, C'est qu'ils ont un beau cristallin.

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