Tout est bleu d'éther. L'abeille du lys Dit : « Pater noster Qui es in cœlis… »
Le moineau des toits. Le lézard du mur Disent à la fois : « Sanctificetur… »
« Nomen… », dit le jonc. « Tuum… », dit l'étang. Et le doux et long Delphinium blanc
Répète : « Tuum… » Sur autant de tons Qu'un delphinium A de clochetons !
Que dit l'eau du puits ? « Adveniat… » L'air ? « Regnum tuum… » Puis Tout devient plus clair !
Bien qu'entre les pins Glisse un canon mat, Là-bas les lapins Ont gémi : « Fiat !… »
Ayant accepté Qu'un plomb la tuât, La caille a chanté : « Voluntas tua !… »
Un pigeon luisant Quitte le bouleau Et monte, en disant : « Sicut in cœlo !…»
La bêche, à ce vol Dont elle vibra, Droite dans le sol Gronde : « Et in terrâ ! »
Et : « Panem nostrum… », Dit le sol vermeil. « Quotidianum… », Répond le soleil !
Le ciel est si bleu Que tout, ce matin, Pense qu'il ne peut Prier qu'en latin !
C'est le réséda D'aube irradié Qui murmure : « Da « Nobis hodie… »
« Dimitte nobis Debita nostra… ». Bourdonne l'iris Où l'abeille entra.
Le fenouil léger Qu'on appelle aneth Dans le potager A dit : « Sicut et… »
« Nos dimittimus… », Disent à mi-voix, « Debitoribus… », Les fourmis du bois.
Dans ses petits pots Le myosotis S'éveille à propos Pour dire : « Nostris… »
Blanc d'avoir traîné, Le pur Lohengrin, Le cygne dit : « Ne Nos inducas in… »
Un corbeau plus vieux Que Mathusalem Croasse un pieux : « Tentationem. »
« Sed libera nos… », Bêlent en marchant Les doux mérinos Qui broutent le champ.
Ayant le premier Fait le mal subtil, Que dit le pommier ? « A malo ! » dit-il.
Il dit : « A malo… » Et le cyclamen Incliné sur l'eau Lui répond : « Amen ! »
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