Or, c'est Dieu qui fit la première,
Qui façonna son corps si cher
Lui-même, dans de la lumière,
Et pétrit son exquise chair.
Il mit sur sa peau de l'aurore
Et du soir d'été dans ses yeux,
Puis il tissa pour elle encore
Le soleil en rayons soyeux.
De ses adroites mains divines
Le bon Dieu sculptait, il dorait.
Et déjà le souffle odorait
Entre les lèvres purpurines.
Déjà l'œil charmant s'entr'ouvrait
Comme s'entr'ouvre une pervenche ;
Et du talon fin à la hanche
La ligne onduleuse courait.
Pâle aux musiques de l'orchestre
Qu'apportaient les vents attiédis,
Émerveillant le paradis
Qui n'était alors que terrestre,
Ève s'épanouit, semblant
Sous les branches, nue et pudique,
Un tel chef-d'œuvre doux et blanc
Que le lys murmura : « J'abdique ! »
Dieu, riant dans sa barbe, dit :
« Tu feras le bonheur de l'homme. »
Or, c'est elle qui le perdit
En lui faisant croquer la pomme.
A qui serait-il donc prudent
D'offrir le cœur et la chaumière ?
La première perdit Adam :
Et c'est Dieu qui fit la première !