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1893

LA MAISON

Edmond ROSTAND

O toiture, tu te dessines ! Asile vert, je te revois ! Quatre colonnes de glycines Supportent deux balcons de bois.

Le store met une paupière Au regard d'un miroir sans tain ; Et le bon jardinier Jean-Pierre Flûte un petit rire enfantin.

L'étroit pont de schiste se marbre Des ombres de la frondaison. Le piano chante dans l'arbre, Tant l'arbre est près de la maison.

La clôture est une volière Où les oiseaux chantent en chœur Qu'il faut bien agiter le lierre Puisqu'il a la forme d'un cœur.

Toute cette maison chantante Qui se mire dans un ruisseau Sent le coutil, comme une tente, Et sent l'iris, comme un berceau !

Décoré d'une antique huche Et de trois chaises, l'escalier Sent la cire, comme une ruche, Et la pomme, comme un cellier.

Au salon tendu de cretonne, Un doux lustre vénitien, Quand nos rires montent, s'étonne De se sentir moins ancien ;

Les portes que le vernis dore Semblent, pour rendre ce salon Plus délicatement sonore, Faites en bois de violon.

À voix haute on lit en famille Tout ce qu'apporte le facteur, Et la sonnette de la grille Est la sonnette du bonheur !

Je revois tout cela ! — L'abeille Bourdonnait, et j'avais dix ans. Ah ! je crois que je me réveille Dans ma chambre aux parquets luisants !

Les hauts volets de cette chambre Étant de ce bois odorant, De ce beau sapin couleur d'ambre Que le soleil rend transparent,

Je pouvais, les fenêtres closes, Dire que le ciel était bleu Lorsque les volets étaient roses Comme des doigts devant le feu !

Pour voir les pics couverts de neige En faisant le grand tour du val, Le vieil écuyer du manège Venait me chercher à cheval.

Je rentrais… Abeille, je t'aime, Qui, comme un miel sur du pain sec, Mettais sur le grec de mon thème Un murmure beaucoup plus grec !

Minutes que rendaient célestes La mélodie et le travail ! Tous nos orgueils étaient modestes Comme des bijoux de corail.

Le soleil baignait Sauvegarde. Monsieur l'Inspecteur des forêts Envoyait souvent, par un garde, Des fougères que j'adorais !

Et cette maison de campagne Sentait, lorsque tombait le jour, La mousse, comme la montagne, Le mystère, comme l'amour !

Un grand chapeau garni de tulle Pendait aux cornes d'un isard. Mon père traduisait Catulle, Et ma sœur déchiffrait Mozart.

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