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1883

Villanelle du Diable

Maurice ROLLINAT

L'Enfer brûle, brûle, brûle. Ricaneur au timbre clair, Le Diable rôde et circule. Il guette, avance ou recule

En zigzags, comme l'éclair ; L'Enfer brûle, brûle, brûle. Dans le bouge et la cellule, Dans les caves et dans l'air

Le Diable rôde et circule. Il se fait fleur, libellule, Femme, chat noir, serpent vert ; L'Enfer brûle, brûle, brûle.

Puis, la moustache en virgule, Parfumé de vétyver, Le Diable rôde et circule. Partout où l'homme pullule,

Sans cesse, été comme hiver, L'Enfer brûle, brûle, brûle. De l'alcôve au vestibule Et sur les chemins de fer

Le Diable rôde et circule. C'est le Monsieur noctambule Qui s'en va, l'œil grand ouvert. L'Enfer brûle, brûle, brûle.

Là, flottant comme une bulle, Ici, rampant comme un ver, Le Diable rôde et circule. Il est grand seigneur, crapule,

Écolier ou magister. L'Enfer brûle, brûle, brûle. En toute âme il inocule Son chuchotement amer

Le Diable rôde et circule. Il promet, traite et stipule D'un ton doucereux et fier, L'Enfer brûle, brûle, brûle.

Et se moquant sans scrupule De l'infortuné qu'il perd, Le Diable rôde et circule. Il rend le bien ridicule

Et le vieillard inexpert. L'Enfer brûle, brûle, brûle. Chez le prêtre et l'incrédule Dont il veut l'âme et la chair,

Le Diable rôde et circule. Gare à celui qu'il adule Et qu'il appelle « mon cher ». L'Enfer brûle, brûle, brûle.

Ami de la tarentule, De l'ombre et du chiffre impair, Le Diable rôde et circule. — Minuit sonne à ma pendule

Si j'allais voir Lucifer ?… L'Enfer brûle, brûle, brûle ; Le Diable rôde et circule !

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