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1899

Solitude

Maurice ROLLINAT

Les choses formant d'habitude Au plus fauve endroit leur tableau : Les rochers, les arbres et l'eau, Manquent à cette solitude.

D'un gris fané de vieille laine, De couleur verte dénué Et de partout continué Par l'indéfini de la plaine,

Tel ce champ étend sa tristesse, Sans un genêt, sans un chardon, La ronce, indice d'abandon, N'étant pas même son hôtesse.

Le ciel blanc, comme un morne dôme, Tout bombé sur son terrain plat, Raye d'un éclair çà et là La lividité de son chaume.

On dirait une espèce d'île Au milieu d'océans caillés, Tant les quatre horizons noyés Ont un enlacement tranquille !

Le spectre ici ? Ce serait l'être Dont on guette venir le pas, Le quelqu'un que l'on ne voit pas Mais qui pourrait bien apparaître.

En ce lieu d'atmosphère lourde, Où couve un malaise orageux, Il souffle un frais marécageux D'odeur cadavéreuse et sourde.

Pas un frisson, pas une pause Du silence et du figement ! La pleine mort, totalement, En a fait sa lugubre chose.

Mais ce qui, surtout, de la terre Monte, funèbre, avec la nuit, C'est l'effroi, la stupeur, l'ennui De l'éternité solitaire.

On voit à cette heure émouvante, D'aspect encor plus solennel, Ce champ et ce morceau de ciel Communier en épouvante.

L'espace devant l'œil dévide Son interminable lointain Emplissant le jour incertain De son vague absolument vide.

Malgré l'amas de la tempête D'un poids noir et toujours croissant, Ici, le vent même est absent Comme la personne et la bête.

L'ombre vient… l'horreur est si grande Que je quitte ce désert nu, M'y sentant presque devenu Le fantôme que j'appréhende !…

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