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1899

Pitié des pâquerettes

Maurice ROLLINAT

Les marguerites de la haie Entourent, pleines de pitié, L'aspic que tronçonne à moitié Une sanglante et large plaie.

Toutes, par ce soleil brûlant, Ont voulu lui venir en aide Et lui procurer le remède De leur petit ombrage blanc.

Contre la mouche qui voltige, Chacune cherche à l'abriter, Tâchant de le réconforter Par la caresse de sa tige ;

On dirait qu'au pied du talus, Malgré l'herbe qui les accroche, L'une de l'autre se rapproche Pour le cacher encore plus.

Une espèce de frisson tendre Agite leur groupe inquiet Devant l'aspic, râlant muet, À qui la mort se fait attendre.

Comme pour les remercier Il lève un peu sa tête plate, Se crispe un instant, se dilate, Et cesse de se tortiller.

Il va devenir la pâture Des nécrophores du coteau Et les pâquerettes bientôt, Sécheront sur sa pourriture.

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