Sur les petits chênes trapus Voici qu'enfin las et repus Les piverts sont interrompus Par les orfraies.
A cette heure, visqueux troupeaux, Les limaces et les crapauds Rampent allègres et dispos Le long des haies !
Enfin l'ombre ! le jour a fui. Je vais promener mon ennui Dans la profondeur de la nuit Veuves d'étoiles !
Un vent noir se met à souffler, Serpent de l'air, il va siffler, Et mes poumons vont se gonfler Comme des voiles.
Au fond des grands chemins herbeux, Çà et là troués et bourbeux, J'entends les taureaux et les bœufs Qui se lamentent,
Et je vais, savourant l'horreur De ces beuglements de terreur, Sous les rafales en fureur Qui me tourmentent !
Sur des sols mobiles et mous, Espèces de fangueux remous, Je marche avec les gestes fous Des maniaques !
Où sont les arbres ? je ne vois Que les yeux rouges des convois Dont les sifflements sont des voix Démoniaques.
Hélas ! mon pas de forcené Aura sans doute assassiné Plus d'un crapaud pelotonné Sur sa femelle !
Oh ! oui, j'ai dû marcher sur eux, Car dans ce marais ténébreux J'ai sentis des frissons affreux Sous ma semelle.
Et je marche ! Or, sans qu'il ait plu, Tout ce terrain n'est qu'une glu ; Mais le vertige a toujours plu Au cœur qui souffre !
Et je m'empêtre dans les joncs. Me cramponnant aux sauvageons Et labourant de mes plongeons L'ignoble gouffre !
Sous le ciel noir comme un cachot, Crinière humide et crâne chaud, Je m'avance en parlant si haut Que je m'enroue.
Suis-je entré dans un cul-de-sac ? Mais non ! après de longs flic-flac Je finis par franchir ce lac D'herbe et de boue
Les chiens ont comme les taureaux Des ululements gutturaux ! Pas une lueur aux carreaux Des maisons proches !
N'importe ! je vais m'enfournant Dans la nuit d'un chemin tournant Et je clopine maintenant Parmi des roches.
Où vais-je ? comment le savoir ? Car c'est en vain que pour y voir Je ferme et j'ouvre dans le noir Mes deux paupières !
Terre et Cieux, coteau, plaine et bois Sont ensevelis dans la poix, Et je heurte de tout mon poids De grandes pierres !
Les buissons sont si rapprochés Qu'à chaque pas sur les rochers Mes vêtements sont accrochés Par une ronce.
Derrière, devant, de travers, Le vent me cravache ! oh ! quels vers J'ébauche dans ces trous pervers, Où je m'enfonce !
La rocaille devient verglas, Tenaille, scie, et coutelas ! Je glisse, et le mince échalas Que j'ai pour canne
Craque et va se casser en deux… Mais toujours mon pied hasardeux Rampe, et je dois être hideux Tant je ricane !
Et je tombe, et je retombe ! oh ! Ce chemin sera mon tombeau ! Un abominable corbeau Me le croasse !
Sur mon épaule, ce coup sec Vient-il d'une branche ou d'un bec ? Et dois-je aussi lutter avec L'oiseau vorace ?
Bah ! je marche toujours ! bravant Les pierres, la nuit et le vent ! J'affrontais bien auparavant La vase infecte !
Où que j'aventure mon pied Je trébuche à m'estropier… Mais dans ce rocailleux guêpier Je me délecte !
Rafales, ruez-vous sans mors ! Ronce, égratigne ; caillou, mords ! Nuit noire comme un drap des morts, Sois plus épaisse !
Je ris de votre acharnement, Car l'horreur est un aliment Dont il faut qu'effroyablement Je me repaisse !…
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