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1877

NUIT FANTASTIQUE

Maurice ROLLINAT

Tandis que dans l'air lourd les follets obliques Vaguent perfidement au-dessus des trous, Les grands oiseaux de nuit au plumage roux Poussent lugubrement des cris faméliques,

Diaboliques Sur les houx. Des carcasses, cohue âpre et ténébreuse, Dansent au cimetière entre les cyprès ;

Tout un bruissement lointain de forêts Se mêle au choc des os — plainte douloureuse. — Le vent creuse Les marais.

Entendez-vous mugir les vaches perdues, Sur un sol hérissé d'atroces cailloux Qui percent leurs sabots comme de grands clous ? Oh ! ces beuglements ! Les pauvres éperdues

Sont mordues Par les loups ! Sous les vents, le bateau qu'enchaîne une corde Au rivage pierreux crève son vieux flanc.

Le chêne formidable en vain s'essoufflant Succombe : il faut que sous l'effroyable horde Il se torde En hurlant.

La nuit a tout noyé, mer ensorcelante, Berçant le rêve au bord de ses entonnoirs, La lune, sur l'œil fou des grands désespoirs, Ne laisse pas filtrer sa lueur parlante.

O nuit lente ! O cieux noirs !

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NUIT FANTASTIQUE · Maurice ROLLINAT · Poetry Cove