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1899

Les grands Linges

Maurice ROLLINAT

Le magique soleil sur les hauteurs pensives Fait luire et triompher tous ces grands linges blancs Qui, chevauchant leur corde au sortir des lessives, Y sèchent, tour à tour inertes et tremblants.

Ils apparaissent purs, ardents, frais et joyeux, Au loin, flottant rappel des gloires printanières, Bleutés, rosés, baignés d'azur et de lumière, Fêtant le paysage, éblouissant les yeux.

Mais le soir, c'est l'horreur suprême ! car, alors On dirait invisible un long troupeau de morts, Spectres rampants enfouis dans leurs grands draps funèbres. Pendant que tout noircit, — là ! restant blancs eux seuls,

Ces linges ne sont plus qu'un rideau de linceuls ! Barrant l'horizon vague où montent les ténèbres.

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