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1899

Les Apaiseurs

Maurice ROLLINAT

Le silence et la solitude, Les ténèbres et le secret Sont les apaiseurs du regret, Du doute et de l'inquiétude.

À creuser le songe on n'extrait Que l'ironique incertitude. Le monde, un moment, vous distrait Avec sa folle multitude,

Mais, lorsqu'on en a fait l'étude, On en retrouve le portrait Dans sa propre vicissitude. Au contraire, univers discret,

Sans mensonge, sans turpitude, La nature a tant d'intérêt, De grâce, de sollicitude Dans ses détails, son amplitude,

Que l'on s'oublie à son attrait. La tristesse, au creux d'un guéret, Devient de la bonne hébétude, Et le vol d'un chardonneret

Vous remplit de mansuétude. On vieillit comme une forêt Sans guetter sa décrépitude, Et l'on trouve son mal moins rude,

Très douce, la mort apparaît, Quand, par volontaire habitude, On cherche l'ombre et le secret, Le silence et la solitude.

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