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1883

Le vieux Mouton

Maurice ROLLINAT

Trop âgé pour avoir pu suivre le troupeau, Il était resté là, perdu comme une épave : Et dans un gouffre, auprès d'un torrent plein de bave, Il traînait le cancer qui lui mangeait la peau.

Le fait est que le Diable en eût fait un suppôt, Tant la sorcellerie habitait son œil cave Et tant il avait pris, sur le bord de ce gave, La nudité du ver et le pas du crapaud.

Je m'enfuis ! Car la bête accueillait mon approche Avec un bêlement de haine et de reproche Strident comme une voix qui crie : « À l'assassin ! » Et la nuit ténébreuse installait son royaume,

Que j'entendais toujours sangloter en mon sein La malédiction du vieux mouton fantôme.

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Le vieux Mouton · Maurice ROLLINAT · Poetry Cove