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1899

Le Soufflet

Maurice ROLLINAT

« C'est la solitude infinie Ici chez vous, père Grelet ! Pas même un chat pour compagnie ? » — « Ma foi non ! mais, j'ai mon soufflet.

Il a des bras comme un' charrue Et des pectoraux comme un bœuf. J' l'ai vu toujours, i' n'est pas neuf. Hein ? quell' taille et quell' min' bourrue !

Dam ! c'est pas mignon comm' les vôtres. Son fer, ses clous, son cuir, son bois, Ayant vieilli tous à la fois Sont aussi noirs les uns q' les autres.

Si l'ennui m' prend trop dans mon coin J' souffle avec, sans q' ça soit-d' besoin. Du bout, dans les charbons j' tisonne. Et quand j' m'en sers plus, qu'i' s' tient coi,

J'aime à l'avoir couché sur moi. Mon soufflet m' tient lieu d'un' personne ! À son vieux clou c'est lui qui m' garde. Ent' mes ch'nets, j' m'assoupis un peu…

J' m'éveille… et j' vois au clair du feu : Sa grand' forme en cœur qui me r'garde ! L' tenant l' dernier d'la maisonnée J' crois frôler les mains et les g'noux

D' tous les chers en allés d' cheux nous Qui l' fir' marcher d'vant c'te ch'minée ! »

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