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1899

Le Roi des buveurs

Maurice ROLLINAT

Tenez ! fit le soulard à bonnet de coton, Allumant ses yeux ronds dans sa figure en poire, J'ai connu plus buveur que moi. Voilà l'histoire De celui qu'on app'lait l'maître ivrogn' du canton :

« Puisque ma femme est mort', moi j'suis, dit l'pèr' Baraille, Excusab' en bonn' vérité, Si, c'te malheureus' fois, encor ben plus j'déraille D'la lign' de la sobriété ! »

On change la défunte ? i' va boire ! — on la veille ? D'temps en temps i' s'en vers' deux doigts. L'cercueil arrive et l'trouve à sucer la bouteille : Pendant l'ensev'lis'ment ? i' boit !

Dans l'chemin, à l'église, et jusqu' dans l'cimetière, I' tèt' sa fiol' d'eau-d'-vie ! Enfin, v'là donc q'la bière Est ben douc'ment glissée où doit descend' chacun : L'ivrog' gémit, et comm' le fossoyeur qui s'gausse

Lui dit : « Tant d'regrets q'ça ? fourrez-vous dans sa fosse ! Ça m'coût' pas plus d'en couvrir deux q'd'en couvrir un ! » Lui, répond, grimacier, larmochant rigolo : « Non ! après tout, j'veux viv' pour la pleurer… j'préfère !

Et j'vous jur' que mes larm' ça s'ra ben la seule eau Que j'mettrai jamais dans mon verre ! »

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